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musiquemichellambert

Apprentissage 3

L’apprentissage de la trompette

La technique instrumentale

Comme nous l’avons vu lors de mon dernier article, les trompettistes doivent absolument prendre soin de bien préparer la musculature du visage à entreprendre une journée de pratique. Dès lors, il devient important de savoir quoi pratiquer et comment le pratiquer. À mon avis, deux grandes catégories doivent faire partie de la routine du trompettiste désireux d’améliorer sa performance. Le travail du répertoire est incontestablement un élément primordial afin d’améliorer la musicalité de tout musicien tandis que la technique instrumentale est sans contredit un élément indispensable à l’expression de cette musicalité.

Quels sont les éléments techniques auxquels le trompettiste doit porter une attention particulière?

La sonorité est certes l’un des premiers éléments auquel nous attachons une grande importance.

Tel que mentionné dans les articles précédents, la sonorité est produite par la vibration des lèvres et cette vibration est à son tour engendrée grâce à l’air que nous envoyons à celles-ci. Donc, plus nous sommes en mesure de faire parvenir une bonne quantité d’air aux lèvres, meilleure sera la vibration et par conséquent meilleure sera la sonorité. Le réchauffement du trompettiste est grandement associé à cette compétence.

La flexibilité est cette capacité de produire, de façon liée, différentes notes de mêmes doigtés. Tel que mentionné précédemment, la langue sert à créer une résistance à l’air projeté, d’où son importance dans le phénomène de canalisation des sons. Selon la position de la langue, les trompettistes obtiennent donc des notes de hauteurs différentes.

Parce qu’il est difficile de préciser exactement l’endroit où se placera la langue au moment du jeu sur l’instrument, il faut s’en remettre aux sensations perçues. On peut cependant expérimenter cette règle générale qui dit qu’en prononçant le son «i», on élève la langue vers le palais, ce qui offre une plus grande résistance tandis que le son «Â» provoque l’abaissement de la langue au fond de la bouche, diminuant ainsi cette même résistance.

Voici deux bons exercices de base qui aideront les jeunes trompettistes à bien ressentir le mouvement de la langue. N’oubliez pas qu’il faut toujours bien souffler l’air entre les notes.

Sur un instrument tel que la trompette, il existe 7 combinaisons que l'on peut utiliser à partir de toutes les notes ouvertes, c’est-à-dire en abaissant aucun piston. Afin de bien ressentir le mouvement de la langue sur toute l’étendue de l’instrument le trompettiste pratique ce genre d’exercices sur ces 7 combinaisons.

Ces sept combinaisons sont :     Piston abaissé :
1 position ouverte   0  
2 en pressant le piston   2 abaisse le son de 1/2 ton
3 en pressant le piston   1 abaisse le son de 1 ton
4 en pressant les pistons   1-2 abaisse le son de 1 1/2 ton
5 en pressant les pistons   2-3 abaisse le son de 1 ton
6 en pressant les pistons   1-3 abaisse le son de 2 1/2 tons
7 en pressant les pistons   1-2-3 abaisse le son de 3 tons

Lorsque l’étudiant est en mesure de bien exécuter l’exercice #1 à la position ouverte, il peut procéder par la suite au changement de position en prenant une courte pause entre chacune d’elle. Lorsque cet exercice est bien contrôlé, il pourra poursuivre avec l’exercice #2. Pour des exercices complémentaires, je vous invite à consulter mes trois volumes sur « L’entraînement progressif des éléments physiques liés à l’apprentissage de la trompette ».

Les articulations sont les syllabes que les trompettistes utilisent afin de bien définir les passages rythmiques d’une pièce musicale. Il existe donc une grande variété de syllabes et de combinaisons de celles-ci (Ta,Da,Ka,Ti,Di,Ki…) dépendamment du caractère, de la rapidité ainsi que du registre du passage musical à exécuter. On peut toutefois affirmer que de façon générale les consonnes utilisées (T,D,K..) se réfèrent à la façon plus ou moins marquée de détaché les différentes notes tandis que les voyelles (Ä,A,O,Ou,i …) se réfèrent au différents registre de l’instrument. Lorsque la consonne est absente le trompettiste joue alors de façon liée.

Les articulations les plus utilisées sont le marcato (ta,ti…), le coup de langue legato (Da, Di…), le coup de langue binaire (alternance; ta-ka-ta-ka-ta) et le coup de langue ternaire (alternance ta-ta-ka-ta ou ta-ka-ta ta)

Il faut commencer l’exercice #1 tranquillement en prononçant « ta » sur chaque note. Il est très important de jouer les notes longues et de bien laisser passer l’air entre chacune d’elles!

Lorsque viendra le moment de travailler le staccato, (Exercice #2) il faut prendre bien garde de ne pas couper les sons avec la langue. Il faut à tout prix éviter de prononcer «tat» et s’en tenir à l’articulation «ta ».
Lors de l’apprentissage du coup de langue binaire, je suggère de commencer l’exercice #1 en prononçant bien « Ka » sur chacune des notes. Cette articulation permettra en autre de développer l’arrière de la langue. Cette articulation devra être exécutée avec une qualité sonore le plus près possible de celle atteinte dans l’exécution du marcato. Comparez ensuite votre travail en alternant les articulations « Ta et Ka ».
Lorsque le trompettiste aura obtenu une belle qualité sonore, il pourra augmenter graduellement le tempo. On peut aussi pratiquer ce type d’exercices sur les différentes gammes. L’exécution du coup de langue binaire permettra d’articuler les passages rapides en alternant l’avant et l’arrière de la langue.

N’oubliez pas, « Il ne faut jamais sacrifier la qualité pour la rapidité ».

La dextérité est un autre élément qui doit être travaillé tout au long de la carrière du trompettiste. Il devient dès lors important de s’assurer dès le départ que le trompettiste possède une bonne position de base.

La main droite doit être placée perpendiculairement à l’instrument, le pouce légèrement plié et appuyé sur le corps du premier piston.

Il faut garder les doigts bien ronds, en forme de C à l’envers , comme si on avait une pomme dans la main.

L’auriculaire (petit doigt) ne doit pas être placé dans l’anneau, et ceci pour deux raisons : d’une part, l’annulaire sera beaucoup plus mobile si l’on permet à l’auriculaire de bouger naturellement avec lui ; d’autre part, plusieurs jeunes élèves ont la mauvaise habitude de tirer sur l’instrument avec leur petit doigt, mettant    ainsi de la pression sur les lèvres. Pour éviter cette situation, il est préférable de    n’utiliser l’anneau de l’auriculaire que dans le cas où l’on doit utiliser la sourdine wawa (plunger), c’est-à-dire quand il faut libérer la main gauche.

Il faut toujours garder les doigts au-dessus des pistons afin de minimiser la distance entre eux et permettre ainsi des déplacements très rapides.

Les pistons doivent être pressés fermement.

Le contrôle des gammes chromatiques, majeures et mineures harmoniques est sans aucun doute essentiel au développement de tout musicien. Encore une fois il s’agit ici de débuter lentement et d’augmenter la rapidité au fil de notre progression. Plusieurs motifs peuvent aussi être joués sur ces différentes gammes. Je vous suggère donc de consulter mes trois volumes pour des exercices progressifs sur chacune de ces trois gammes.

Le registre aigu est sans contredit l’élément le plus difficile à développer chez les jeunes trompettistes. C’est surtout dans ce registre que le trompettiste devra mettre en pratique tous les principes discutés dans cette série d’articles. Il faut donc développer patiemment les cinq éléments physiques déterminant dans l’apprentissage progressif de la trompette soit : Les muscles respiratoires, les muscles faciaux, les lèvres, la langue et les doigts. Une bonne routine technique se compose d’un exercice choisi dans chaque catégorie. L’élève travaille ainsi tous les aspects techniques de son instrument au cours d’une même journée. Ceci assure le développement progressif et uniforme de toutes les parties du corps concernées par l’apprentissage de la trompette.

N’oubliez pas qu’une bonne technique instrumentale est un élément indissociable de l’expression d’une belle musicalité.

Michel Lambert   
Professeur agrégé
École de musique
Université de Sherbrooke
Courriel : michel.lambert@usherbrooke.ca

Michel Lambert détient un Baccalauréat en interprétation jazz de l’Université Concordia et une Maîtrise en interprétation classique de l’Université de Montréal. Présentement professeur agrégé à L’Université de Sherbrooke, il a enseigné la trompette classique et jazz à l ‘intérieur de plusieurs écoles à concentrations musicales de la province ainsi qu’au Cégep Saint-Laurent, au Cégep Marie Victorin, à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université Concordia. Michel est aussi artiste clinicien pour les trompettes Yamaha. Il a produit au cours des dernières années trois volumes sur « l’entraînement progressif des éléments physiques liés à l’apprentissage de la trompette » disponible chez JCL Cartier Orchestration et chez Musiclub.