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musiquemichellambert

Apprentissage 1

À l’aube de cette nouvelle année scolaire, il me fait grand plaisir de participer à la rédaction d’une série d’articles portant sur le développement des jeunes trompettistes. L’apprentissage de la trompette demande un travail constant et dévoué. Les trompettistes, comme n’importe quel athlète, doivent s’entraîner régulièrement pour maintenir ou améliorer leur forme, cherchant d’abord à développer les parties du corps utiles au contrôle de leur instrument.

On sait que la plupart des défauts des jeunes trompettistes ont été contractés lors de la toute première phase de leur formation. Pour débuter l’apprentissage d’un instrument à vent tel que la trompette, il faut donc porter une attention particulière aux consignes et exercices préliminaires suivants.

Tout apprentissage d’un instrument à vent devrait à mon avis débuter par une bonne compréhension des deux éléments constituant une bonne respiration.

A) L’inspiration

Comment doit-on inspirer? En réalité, plusieurs théories, souvent contradictoires, ont été écrites sur cette question. Mais parmi celles-ci, l’une se distingue et demeure difficile à démentir, si l’on est logique : l’air aspiré entre dans les poumons et nulle part ailleurs. On sait que les poumons, protégés par cette structure osseuse que représente la cage thoracique, sont faits d’une membrane extensible jouant un rôle évident lors du remplissage et du dégonflement de notre réservoir d’oxygène. Il devient donc d’une importance capitale de permettre à la cage thoracique de prendre de l’expansion lors de l’inspiration pour ainsi être en mesure de respirer profondément. Pour ce faire, la gorge doit toujours être bien dégagée ; il suffit de bien écouter le son émis lors de l’entrée d’air vers les poumons. Un son «Hâw» (et non “Ich”) permettra de bien ouvrir la région du pharynx. Il ne faut jamais lever les épaules afin d’éviter d’être tendu ou crispé.

B) L’expiration

On sait que le diaphragme qui est situé juste au-dessous de la cage thoracique joue un certain rôle lors de l’expiration. C’est la raison pour laquelle faut garder la cage thoracique bien élevée tout au long de l’expiration, ce qui facilite le travail du diaphragme. Le travail du diaphragme étant hors de notre contrôle, je crois qu’il vaut mieux s’attarder aux réactions physiques que celui-ci provoque lors de l’expiration. Pour bien ressentir une de ces réactions, il nous suffit de prendre une grande respiration et de crier le son “Hey”. Nous ressentons alors très bien la contraction des muscles abdominaux situés juste en bas de la cage thoracique et au niveau de la ceinture. Il importe alors d’exercer une pression vers l’extérieur, à l’endroit même où nous avons senti cette contraction. Pour ce faire, il faut s’appuyer sur les muscles abdominaux et se servir des muscles pectoraux et dorsaux ; ceux-ci exerceront une pression sur les poumons, ce qui permettra un contrôle sur l’expulsion de l’air.

Exercice no.1

Afin de pouvoir augmenter le volume d’air emmagasiner dans les poumons lors de l’inspiration, voici un bon exercice qu’il est utile de faire au début de chaque journée de répétition.

Cet exercice devrait se faire avec un métronome.

Noire = 80

  1. prendre 4 inspirations en respectant les consignes citées en partie (A)
  2. retenir l’air inspiré pendant 4 pulsations
  3. expulser l’air en 4 expirations en respectant les consignes citées en partie (B)
  4. garder les poumons ainsi vidés pendant 4 pulsations en contractant bien les abdominaux
  5. reprendre l’exercice depuis le début en enchaînant chaque étape

Je recommande de faire cet exercice tous les jours pendant au moins une semaine en diminuant d’un cran par jour la vitesse du métronome. Lorsque vous aurez atteint la vitesse de 60 à la noire, essayez avec 5 inspirations et expirations en repositionnant le tempo à 80 à la noire. Recommencez ensuite le même processus depuis le début. Augmentez ainsi d’une pulsation par semaine jusqu’à ce que vous puissiez faire sans difficulté 12 pulsations.

 

La Production du son

On sait que le son est produit par une vibration quelconque. Dans l’apprentissage d’un cuivre, le son est produit par la vibration des lèvres. Une bonne vibration produit une belle sonorité. D’où l’importance de développer une bonne vibration des lèvres.

Exercice no.2

  • Bien humidifier les lèvres. Celles-ci vibrent mieux lorsqu’elles sont légèrement humides
  • Prendre une grande respiration
  • Placer les lèvres ensemble comme pour prononcer la lettre “m”
  • Expirer l’air en faisant vibrer les lèvres ensemble
  • Faire en sorte que la vibration se fasse le plus possible au centre des lèvres, là où on placera l’embouchure de l’instrument
  • Répéter l’exercice jusqu’à l’obtention d’une vibration stable et de bonne qualité sonore

Note : Les lèvres doivent vibrer bien ensemble. Il faut éviter de placer la lèvre supérieure par dessus la lèvre inférieure. Une telle position empêchera la lèvre inférieure de vibrer et produira une sonorité pauvre à l’instrument.

Une fois que l’on a obtenu une bonne vibration des lèvres, il faut transmettre cette vibration à l’intérieur de l’embouchure qui, à son tour, la transmettra à l’instrument. Afin de permettre aux lèvres de bien vibrer, la portion rouge des lèvres doit être à l’intérieur de l’embouchure. De plus, il faut voir à ce que l’embouchure soit placée, le plus possible, au centre des lèvres. Toutefois, certains élèves, à cause de leur dentition ou de toute autre raison physiologique, peuvent décentrer l’embouchure légèrement vers la gauche ou la droite. Ceci ne posera aucun problème si les lèvres peuvent vibrer dans la position adoptée.

Exercice no.3

  • Placer l’embouchure (sans l’instrument) sur les lèvres en respectant les consignes citées plus haut
  • Reprendre l’exercice no.2 en faisant cette fois vibrer les lèvres à l’intérieur de l’embouchure
  • Peu importe la hauteur du son obtenu : il faut tenter de le maintenir dans un état stable le plus longtemps possible
  • Essayer de maintenir une belle qualité de vibration

 

L’Apport de la Langue

La langue est un élément très important dans l’apprentissage d’un cuivre. Elle joue deux rôles. D’une part, elle permet d’articuler les sons émis ; et d’autre part, elle crée une résistance plus ou moins importante afin de déterminer la hauteur du son qui est joué.

Exercice no.4

Reprendre l’exercice no.3 en prononçant “Ta” avec la langue, ce qui permet d’articuler chaque son émis.

Essayer de répéter plusieurs fois en soutenant bien le son. Attention : il ne faut pas interrompre le débit d’air entre les sons.

Comme il fut mentionné plus haut, la langue sert aussi à créer une résistance. Plus on produit de résistance, plus le son sera aigu ; à l’inverse, moins on produit de résistance, plus le son sera grave.

Pour bien comprendre ce qui se passe, je vais utiliser l’exemple du “boyau d’arrosage”. Lorsqu’on ouvre un robinet de quelques tours et qu’on écoute le son produit par l’eau qui s’écoule hors du tuyau, on remarque une certaine fréquence, disons moyenne, qu’il est possible de modifier en plaçant le pouce à la sortie du jet ; cette résistance provoquera un changement de pression qui se manifestera tout de suite par une fréquence sonore plus élevée. Si on augmente ensuite le débit d’eau dans le tuyau en ajoutant quelques tours au robinet, le son s’élèvera d’autant que la pression sera plus grande. Si l’on transpose cette petite leçon dans l’intérêt du trompettiste, il faut retenir l’importance de bien contrôler son débit d’air, et celle d’être en mesure d’offrir la résistance nécessaire pour produire la fréquence désirée.

Cette résistance, le trompettiste la crée de deux façons : tout d’abord, grâce à l’élévation de langue vers le palais ; et grâce ensuite à la contraction des muscles des lèvres et du visage. Cette combinaison, mise en relation avec le débit d’air projeté, permettra de contrôler et d’élever la fréquence des sons joués.

Exercice no.5

  • Le but de cet exercice est de fixer la hauteur du son
  • Si on a accès à un piano, il faut faire entendre le son FA
  • En écoutant bien la note FA, essayer de reproduire ce son avec la seule embouchure
  • Si le son est trop grave, il faut élever la langue vers le palais en prononçant “Ti”. En revanche, si le son est trop aigu, il faut abaisser la langue en prononçant “Taw”. Cette syllabe a pour effet d’abaisser et de détendre les muscles du visage.

Répéter cet exercice plusieurs fois afin de bien situer la hauteur du son

Note : Il faut éviter de pincer les lèvres, ce qui ne servirait qu’à augmenter l’intonation de la note. Il faut aussi éviter de mettre une pression excessive sur les lèvres car, quoique cette action pourrait créer une certaine résistance, elle empêcherait toutefois les lèvres de bien vibrer et, en conséquence, de produire une sonorité satisfaisante. En outre, cette façon de faire risque de blesser les lèvres et ainsi, diminuer sa capacité à jouer sur une longue période.

Lorsqu’on a réussi l’exercice no.5, on peut replacer l’embouchure sur l’instrument. Il est important, dès lors, de se préoccuper de la posture et de la tenue de l’instrument.

 

La Posture du Corps

Lorsqu’on joue de la trompette, le corps doit être le plus droit possible et la cage thoracique toujours bien élevée afin que l’air circule aisément. Une position correcte permettra d’utiliser pleinement tous les muscles nécessaires à l’expiration.

La tête peut être légèrement inclinée mais pas trop car, la région de la gorge doit être bien dégagée. Pour savoir si la position de la tête est correcte, on n’a qu’à chanter le son “Ah....” en penchant et en relevant lentement la tête : un son “ouvert” indiquera probablement la meilleure position.

Les bras doivent êtres légèrement écartés du corps afin de permettre l’expansion de la cage thoracique lors de l’inspiration.

En position debout, les jambes doivent être légèrement écartées, le poids également réparti sur chacune d’elles.

En position assise, il faut veiller à demeurer le plus droit possible, toujours alerte et énergique. Ainsi, les muscles du corps pourront faire leur travail.

 

La Tenue de l’Instrument

A) La Main Gauche

L’instrument est tenu par la main gauche, de façon ferme mais non crispée.

Le pouce et l’annulaire se placent chacun dans leur anneau respectif.

Le poignet de la main gauche doit être le plus droit possible. En effet, un poignet cassé provoque la contraction des muscles et des tendons de l’avant-bras et peut occasionner, au bout de longues heures de répétition, des problèmes sévères telle la tendinite.

B) La Main Droite

La main droite doit être placée perpendiculairement à l’instrument, le pouce légèrement plié et appuyé sur le corps du premier piston.

Il faut garder les doigts bien ronds, en forme de C à l’envers (), comme si on avait une pomme dans la main.

L’auriculaire (petit doigt) ne doit pas être placé dans l’anneau, et ceci pour deux raisons : d’une part, l’annulaire sera beaucoup plus mobile si l’on permet à l’auriculaire de bouger naturellement avec lui ; d’autre part, plusieurs jeunes élèves ont la mauvaise habitude de tirer sur l’instrument avec leur petit doigt, mettant ainsi de la pression sur les lèvres. Pour éviter cette situation, il est préférable de n’utiliser l’anneau de l’auriculaire que dans le cas où l’on doit utiliser la sourdine wawa (plunger), c’est-à-dire quand il faut libérer la main gauche.

Il faut toujours garder les doigts au-dessus des pistons afin de minimiser la distance entre eux et permettre ainsi des déplacements très rapides.

Exercice no.6

Refaire l’exercice no.5 en utilisant cette fois tout l’instrument.

Un Fa, au piano, correspondra pour la trompette au Sol, 2ième ligne.

Je suggère de débuter chaque session de pratique en exécutant ces exercices préliminaires en suivant bien les directives le plus consciencieusement possible. Je conseille en outre de bien se concentrer sur « ce qu’il faut faire » et « ce qu’il faut éviter de faire »; un bon départ devrait être garant de la compétence technique du futur trompettiste.

Bonne année scolaire

Michel Lambert

Michel Lambert détient un Baccalauréat en interprétation jazz de l’Université Concordia et une Maîtrise en interprétation classique de l’Université de Montréal. Au cours de sa carrière il a enseigné la trompette à l ‘intérieur de plusieurs concentration musique de la province ainsi qu’au Cégep Saint-Laurent, au Cégep Marie Victorin, à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université Concordia. Il a produit au cours des dernières années trois volumes sur « l’entraînement progressif des éléments physiques liés à l’apprentissage de la trompette ».